Dans le royaume Batoufam, comme dans l’ensemble de la culture Bamiléké de l’Ouest-Cameroun, l’Arbre de Paix — le plus souvent une espèce de Dracaena (tel que Dracaena fragrans ou Dracaena arborea), appelée localement Ndindim, Fekeng ou Pfue-keng — est bien plus qu’une simple plante. Il est un puissant symbole mystique et un instrument essentiel dans la vie sociale et rituelle. Il représente la stabilité, la protection, la réconciliation et le passage sacré.
I. Fonction et Signification Mystique
L’Arbre de Paix agit comme un agent de purification, de protection et de cohésion sociale.
- Barrière et Fermeture Sacrée (Pfue-keng) : Le nom Bamiléké Pfue-keng est révélateur. Pfue signifie “détruire, défaire” et Keng se réfère au battant de porte ou à la barrière. L’arbre est donc mystiquement chargé de “défaire” le mal ou de “fermer” la porte aux mauvais esprits et à la sorcellerie.
- Protection et Bénédiction : Planté près des concessions, et notamment aux abords des chefferies (palais royaux), il est le gardien des lieux. Il éloigne les mauvais esprits et les influences néfastes, assurant le bien-être et la sécurité de ses habitants.
- Lien avec la Terre et la Vie : Le Dracaena est une plante anthropophile (qui aime les lieux habités), souvent cultivée près des habitations et même près des tombes. Sa présence marque la continuité de la vie et le lien avec les ancêtres, qui sont les garants de la paix et de l’ordre social.

II. Rôle dans les Rites de Passage et de Réconciliation
L’Arbre de Paix est indispensable dans plusieurs cérémonies traditionnelles de Batoufam et du pays Bamiléké.
| Cérémonie | Rôle de l’Arbre de Paix (Fekeng) | Symbole |
|---|---|---|
| Réconciliation | Ses feuilles sont utilisées lors des palabres et des cérémonies pour sceller la paix entre individus, familles ou communautés. | Unité et Harmonie retrouvée, engagement à la non-violence. |
| Naissance des Jumeaux | La mère et les nouveau-nés doivent enjamber la plante disposée à la porte pour regagner leur maison après l’accouchement. | Passage sacré et purification pour ces êtres aux pouvoirs mystiques. |
| Funérailles | Une partie de la plante est jetée dans la tombe avant l’enterrement. | Lien perpétuel avec le défunt et assurance de son bon voyage vers le statut d’ancêtre. |
| Installation de l’Héritier | Il peut faire partie des éléments rituels lors des cérémonies d’intronisation pour marquer la légitimité et la stabilité du nouveau règne. | Stabilité et Ordre du nouveau pouvoir. |
III. Un Symbole de l’Ordre Social Bamiléké
En étant présent dans les moments clés de la vie, de la naissance à la mort, et au cœur des conflits, le Fekeng incarne l’autorité de la tradition et la nécessité du respect des lois sociales. Il rappelle que la paix (sociale et spirituelle) est une condition essentielle pour l’harmonie et la survie de la chefferie.
Le contexte royal de Batoufam, qui repose sur l’autorité du Fo (le roi), est soutenu par ces symboles végétaux qui matérialisent le pouvoir sacré et assurent que les coutumes, garanties de la cohésion, soient respectées.
Par Cybelle Déovie DJONOU


















