Lieu sacré du Palais Royal Batoufam

LE SOUFFLE DES ANCETRES : LA OU LES DIEUX ECOUTENT LES VIVANTS

Lieu sacré du Palais Royal Batoufam

Au cœur de l’Ouest Cameroun, il y a ces lieux qu’on ne montre pas toujours du doigt. Des coins de silence, couverts d’ombre et d’encens. On les appelle les autels ou lieux sacrés. Ce sont des espaces où le visible et l’invisible se frôlent sans se heurter. Là, les peuples du Grassfields viennent parler aux dieux. Ou plutôt, aux esprits de ceux qui furent  et qui, selon la croyance, ne sont jamais vraiment partis.

On les trouve un peu partout : dans une concession familiale, au bord d’une rivière, sous un grand arbre ou dans un recoin du village. Il y a les autels de famille, où le chef conduit les siens pour demander la paix. Et puis il y a ceux du village, accessibles à tous, ceux qu’on visite les jours autorisés, pieds nus, le cœur nu aussi. Il faut juste savoir quand y aller. Certains jours sont interdits. On ne badine pas avec ça.

Parfois, on y va seul. D’autres fois, on s’y rend accompagné d’un, ce médium qui sait écouter ce que nous, on ne comprend pas toujours. On y va chercher l’abondance, la prospérité, la paix dans la maison, la force pour continuer. On y dépose un peu de vin,  de huile de palme rouge, du jujube, quelques noix de kola, ou juste un mot chuchoté au vent. Et on repart plus léger.

Chez les Bamiléké, les morts ne disparaissent pas. Ils coulent dans les rivières, se balancent dans les feuilles des arbres, dansent dans la fumée des foyers. Ils veillent. Le lieu sacré, c’est leur seuil, leur porte vers nous. Un espace de passage, fragile, vivant et plein de murmures.

C’est un patrimoine vivant, un témoin des liens entre les vivants, les ancêtres et la nature. Pour certaines familles, c’est un repère. Pour le chef du village, c’est un symbole. Pour tout un peuple, c’est une mémoire à garder intacte.

Rédigé par : NGANDJOUONG Arsène Cédrique